DOSSIER DIAMANTS EN AFRIQUE : SAUVER LES ETATS PRODUCTEURS

L’éditorial de Pierre Delval*


Le marché du diamant est en berne. Nombreux sont les spécialistes et autres économistes qui pensent que la chute mondiale du diamant est liée aux effets de la COVID-19. Si le confinement et la fermeture des frontières en sont le catalyseur, ils n’en sont nullement la cause immédiate. La crise est beaucoup plus profonde, et ce depuis plusieurs années.

Déjà, en septembre 2015, De Beers, l’un des leaders de la filière baissait le prix du diamant de 9%. Une conséquence directe du recul de ses ventes totales de 21% pour la première partie de l’année 2015. «Nous avons réalisé un chiffre d’affaires net de 576 millions de dollars, alors que celui-ci représentait 765 millions une année auparavant», déplorait alors le directeur général de De Beers pour qui cette chute était due à une baisse de la demande et à un excédent de bijoux en diamants en circulation.

Mais les mauvais chiffres annoncés par De Beers n’étaient en fait que le reflet d’un marché mondial du diamant en difficulté et qui ne cessait de s’effriter depuis longtemps. Selon Business Insider, le prix des diamants était tombé entre 2010 et 2015 de 12%. Aujourd’hui, selon Diamonds.net, le producteur sud- africain et son concurrent russe Alrosa sont dans une situation financière tellement préoccupante que des rumeurs de faillite commencent à circuler dans le milieu. Les raisons de cette morosité internationale sont multiples : surproduction des exploitations minières partout dans le monde, surstocks, trafics illicites de diamants et surtout développement sans précédent de diamants synthétiques. Elles démontrent que sans régulation internationale véritable, ni bonne gouvernance et transparence du marché, les conséquences économiques et sociales, en pleine période de crise économique post-COVID, peuvent avoir des répercussions catastrophiques pour la filière, mais aussi pour les pays miniers, leur population et le maintien de l’Etat de droit dans les zones minières africaines. L’Afrique en est la première victime.

Selon Diamondfact.org, le commerce du diamant rapportait environ 8,4 milliards US$ par an à l’Afrique. La réalité est qu’aujourd’hui ce minerai si précieux s’est déprécié dans des proportions catastrophiques. Le Botswana, plus gros pays producteur de diamants, produisait un peu plus de 20 millions de carats par an. Ces ventes représentaient 76% des recettes d’exportations du pays. Or le ministre des finances et de la planification du développement du Botswana annonce une baisse de la croissance économique pour s’établir à 2,6%, au lieu des 4,9% annoncés au début de l’année, « en raison de l’affaiblissement continu du marché du diamant ».

Dans un tel contexte, et si rien est fait pour endiguer maintenant cette crise, le diamant perdra toute sa valeur, les mines fermeront les unes après les autres, les pays miniers d’Afrique ne seront plus en capacité de rembourser leurs dettes, et encore moins d’obtenir de nouveaux prêts souverains ou concessionnels, indispensables au développement économique de leur économie et au maintien de leur démocratie. Sans une solution concrète à court terme, les conséquences sociales et politiques entraîneront inévitablement des désordres multiples graves et irréversibles, et notamment des troubles sérieux à l’ordre public, que ne pourront supporter le continent africain et ses partenaires occidentaux. Une seule solution existe pour sauver les Etats miniers et renverser la situation en faveur de l’Afrique et de l’ensemble de la filière mondiale des diamantaires.

Plus que tout, cette solution ouvre de nouveaux horizons dans des domaines encore inexplorés qui dépassent la simple activité de joaillerie. Cette édition spéciale en dévoile les moindres détails et démontre, si besoin était, que l’innovation, propre à l’homme, nous fait toujours progresser, même lorsque tout semble perdu d’avance. Rebondir et gagner est la destinée du diamant à travers laquelle personne ne pourra s’y soustraire.

FINANCIAL AFRIK

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