SOUTIEN POLITIQUE : JUSQU’OU IRA MADIAMBAL DIAGNE ?

Macky Sall

Madiambal, c’est avec désolation et écœurement que j’ai lu votre contribution intitulée : « Macky n’est pas prophète chez lui ». Madiambal, vous devez surement savoir que durant les indépendances le Sénégal était l’un des pays les plus avancés en Afrique de l’Ouest. Comparativement, le Sénégal disposait de plus d’infrastructures, mais hélas, cet avantage s’est délité au fil du temps. Tous nos dirigeants ont toujours mis l’accent sur les causes externes comme la crise mondiale, le cours des matières premières, les ajustements structurels et le changement de climat sans pour autant parler des facteurs internes comme le clientélisme, la mauvaise gouvernance et la corruption au sein de l’administration entre autres. Ces facteurs internes sont les vrais maux de l’Afrique et tant que nous ne les combattons pas, nous ne devons même pas oser parler d’émergence. Combien de nos élites ont bâti des fortunes personnelles sur le dos des pauvres Sénégalais ?

Madiambal, il ne s’agit pas pour nous Sénégalais de ne pas vouloir de bonnes nouvelles sur notre cher pays. Tout au contraire, nous ne voulons que le bien-être des populations. Nul n’ose dire que des efforts n’ont pas été déployés par ce gouvernement, mais il faut aussi reconnaître qu’assez d’efforts n’ont pas été faits là où il le fallait. Le gouvernement n’a pas alloué suffisamment de ressources dans les priorités, et il est rattrapé par ces erreurs. Le PSE a été volontairement conçu à l’envers, car la seconde phase devait être la première phase et non le contraire, mais on comprend que c’est de la politique, mais trop de politique n’est pas un acte de patriotisme.

Puis-je me permettre de vous demander si vous pensez honnêtement que les Sénégalais vivent mieux durant le régime républicain que durant le régime libéral ? Madiambal, il faut se rendre à l’évidence : nos dirigeants ont dilapidé les maigres ressources dont notre pays dispose. L’accord est unanime sur un point essentiel : le magistère de Macky Sall est basé sur la mauvaise gouvernance. 

Arrêtons d’utiliser le FMI et la BM quand ça nous arrange

Vous avez dit FMI ? En tant que journaliste, votre rôle devait être de creuser et de donner la bonne et utile information aux populations tout en restant équidistant entre le pouvoir et l’opposition. Les pays sous-développés utilisent le nom du FMI pour être crédible auprès des bailleurs de fonds après avoir dilapidé les ressources de leurs pays. Nous sommes donc d’accord que le FMI joue un rôle d’amortisseur financier. Ce n’est pas dans l’intérêt du FMI que son programme échoue dans les pays qu’il aide afin de ne pas créer une mauvaise image auprès des bailleurs de fonds.

Je vais vous parler un peu du FMI si vous permettez. Au Sénégal, il n’y a pas de transparence dans les marchés et presque 95 % des projets que l’État finançait ont été attribué par entente directe. Les soumissions sont non concurrentielles. Le Sénégal refuse toujours de faire un audit sérieux et objectif des dépenses publiques, car tout le monde sait ce qui se passe et tout le monde dans le gouvernement y trouve son profit. Les agences étaient et celles qui ont survécu sont étroitement liées à la présidence et des demandes se faisaient au Trésor sans rendre compte. Madiambal, allez-vous me croire si je vous dis que presque 25 milliards ont été transférés directement sur des comptes bancaires privés ? Probablement pas.

L’équipe du FMI au Sénégal était sous pression ; fallait-il mentir au Conseil d’administration et dire que les choses n’allaient pas trop bien, mais qu’elles s’amélioreraient ou fallait-il dire que les choses allaient sérieusement, mal et présenter un rapport négatif ? Cela allait être la première fois qu’un pays échoue au premier contrôle d’un tel programme. Le FMI pensait aussi à dégrader le Sénégal et le mettre dans un autre programme avec un soutien budgétaire de près de 35 milliards de FCFA pour permettre au Sénégal de respirer temporairement. Le seul danger était que le Sénégal allait rester quelques mois sans programme et cela allait ouvrir la porte à d’autres abus financiers envers le Trésor. Madiambal, me parlez-vous de ce même FMI ? 

Un système sanitaire défaillant

C’est une insulte envers les Sénégalais de parler du classement de notre pays dans la gestion de la pandémie du Covid 19. Même si le Sénégal était premier sur la gestion de la pandémie, qu’en est-il de son système de santé ? Nous devons avoir des normes élevées. La plupart des pays qui figurent sur la liste ont un bon système sanitaire en place alors qu’au Sénégal, nous avons un très mauvais système sanitaire. Notre système sanitaire est austère et nous n’avons pas eu le courage de le changer concrètement depuis les indépendances.

Sur le plan de la gestion, on note une mauvaise gestion à travers le pays. Le système de santé au Sénégal est basé sur les plans décennaux de développement sanitaires depuis le temps du président Diouf. Le secteur de la santé est un secteur très corrompu et les acteurs du secteur ne diront pas le contraire. Combien d’entre eux vendent les médicaments supposés être gratuits ? Combien d’entre eux utilisent le matériel des hôpitaux publics dans leurs cabinets privés ?

Madiambal, discutons de manière objective. Avez-vous fait le tour des hôpitaux au Sénégal ou faites-vous partie de ceux qui ont le moyen d’aller se soigner hors de nos frontières ? Quand on va dans les hôpitaux publics, on ressent un sentiment d’abandon. Le manque d’entretien des bâtiments a accéléré leur dégradation, les conditions d’hospitalisation sont précaires et les salles d’accouchement sont sales et dans un état de dégradation avancée.

Certes, le gouvernement peut aussi dire que le budget de la santé a accru d’année en année, cependant, parallèlement, les ressources mobilisées aussi ont augmenté. Le plateau technique dans les hôpitaux est faible et il y a aussi un problème de maintenance pour les d’hôpitaux qui sont dotés d’équipements d’imagerie médicale. C’est la raison pour laquelle certains équipements peuvent tomber en panne pendant longtemps dans certains hôpitaux. Dans ce cas, les malades sont laissés à eux-mêmes.

Et pourtant, dans chaque hôpital, il y a un service technique responsable de la maintenance, mais face au manque de moyens matériels et financiers, même un hôpital relativement neuf à l’air d’un hôpital de l’époque coloniale. En outre, on y trouve un personnel très mal formé et le recrutement est souvent fait sur la base de favoritisme. Madiambal, parlons sérieusement et parlons du problème de la santé au Sénégal au lieu de chanter les louanges de ces soi-disant études qui n’ont aucune nécessité pour nous pauvres africains, en ce moment.

Enfin, Madiambal

Il est difficile de parler d’une chose quand on ne l’a pas vécu. Je puis vous assurer que vous et moi ne sommes pas sortis de nos maisons à cause des inondations. Par respect pour les sinistrés, il ne fallait pas évoquer le dérangement climatique. Même si le dérangement climatique en était la raison, la posture d’un président est de rassurer et de réconforter. Celle d’un journaliste et de savoir comment informer. Un vrai leader ne cherche jamais des excuses, mais plutôt des solutions.

Je l’avais dit dans une de mes contributions et je vais encore le répéter. Officiellement, tout le monde s’accorde sur le fait que l’éducation, la santé, et l’assainissement sont des priorités dans notre pays. Mais, nous constatons tous que leur mise en place reste une chose facile, pourtant impossible. On note des retards monumentaux. Et tandis qu’une classe politicienne profite visiblement de sa nouvelle richesse, la majeure partie de la population demeure dans la pauvreté. L’Etat a encore massivement démontré son incapacité à protéger ses populations.

Après les fortes pluies du 26 août 2012, le bilan du plan ORSEC a fait état de 26 morts, 264 000 personnes sinistrées et le déplacement de 5 000 familles. Le 28 août 2012, Macky Sall dissout le Sénat et affecte les fonds destinés à son fonctionnement pour la lutte contre les inondations et le 19 septembre 2012, le président convoque un Conseil présidentiel sur les inondations. Madiambal, en tant que journaliste, votre rôle était de savoir si les fonds mobilisés ont été adéquatement alloués. Si oui, quels sont alors les problèmes et les solutions à court, moyen et long terme pour que les populations ne vivent pas la même chose encore ?

Il en avait pourtant fait une priorité et avait approuvé le PDGI (2012-2022) pour un montant de 700 milliards de FCFA et avait engagé le gouvernement à mettre en œuvre la phase urgente du PDGI (2013-2014) pour un montant de 66 milliards de FCFA. Huit ans plus tard, aucun des objectifs n’a été carrément atteint. Pourquoi Macky Sall n’a pas lu les rapports annuels qui lui ont été envoyés ou pourquoi n’a-t-on pas licencié les responsables pour ne pas avoir envoyé les rapports annuels ? 

Madiambal, pensez-vous honnêtement que les ressources mobilisées ont été adéquatement allouées ?

Par Mohamed DIA

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