DES VERTUS DE LA VRAIE AMBITION

Il y a dans l’ambition cette dimension toujours haïssable du moi, celle qui ne répond que de manière ambigüe à l’appel de la morale ou de la vérité, celle qui tient tellement peu compte de la vertu, de la sagesse ou de la bienséance. La bienséance entendue comme ce mélange de bonne tenue sociale, d’humilité et de respect des autres dans leurs réussites mais surtout dans leurs échecs, aussi bien que dans la prise en compte de tous les horizons qui leur restent possibles.

Qu’il soit là bien entendu que personne ne pense là à la vraie ambition, l’ambition saine comme on dit, cette ambition moteur du monde par le développement personnel, l’ambition qui s’inspire des meilleurs d’entre nous, du meilleur de ce que nous sommes ou représentons, du meilleur de ce que nous faisons au quotidien.

Cette ambition-là doit être évidemment encouragée. Ce qui est en cause, c’est l’excès d’ambition, l’ambition qui nie les autres et en font des faire-valoir, l’ambition qui ne peut se légitimer que par l’ambition. Dans ce cas, seul compte le but à atteindre, la méthode n’est pas plus important que cela, pas plus que d’éventuels dégâts collatéraux, ni même les remords qui ne peuvent être que signes de faiblesse.

Les ambitieux, dans le sens le plus péjoratif du terme, en deviennent sourds-muets, ne se rendent pas compte qu’ils sont mangés de l’intérieur par leur propre démon, démon qu’ils ont créé, élevé et qu’ils ont l’illusion de maîtriser tant qu’ils le veulent.Ils se rendent si peu compte que la maladie qui les anime de l’intérieur leur sort des yeux, parle aux autres, puisqu’il faut que démon annonce au monde qu’il a triomphé de l’humain.

Ils se rendent pas compte qu’ils sont à découvert, qu’ils sont comme  »livre-ouvert », que tout le monde lit en eux, que personne n’est dupe de leur fourberie, de leur fausseté, de leur sournoiserie, de leur égoïsme, de leurs coups bas, de leur duplicité, et encore.Ils ne sentent pas pas qu’ils sont entraînés presque à leur insu devant la justice du destin, là où tout le monde les attend, parce que fatalement arrivera un jour où l’ambition payera la dette qu’il doit à l’ambition.Il faut souhaiter alors qu’ils ne paient pas cette dette de leur personne, de leur dignité ou de leur humanité. Il n’y a rien de plus cruel pour un homme.

Par Boubacar KANTÉ

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