LA RÉSILIENCE CLIMATIQUE DU POULET RURAL VIENT DE SES GENES – PAR ELDON OPIYO DE SCIDEV

 [Nairobi] Une étude réalisée en Éthiopie révèle que la constitution génétique des poulets ruraux a changé pour mieux faire face aux défis climatiques, donnant de l’espoir à l’élevage futur d’une race de volaille plus productive et plus résiliente au climat.

Selon les chercheurs, l’élevage de la volaille de basse-cour fournit environ 97 pour cent de la production totale de viande de volaille et d’œufs en Éthiopie.

Les poulets ruraux d’Afrique sont connus pour leur résistance à des conditions environnementales difficiles, mais la façon dont leurs gènes contribuent à cette résilience était jusque-là inconnue.

Les chercheurs ont analysé les données environnementales et génomiques relatives à 245 poulets ruraux de diverses régions climatiques d’Ethiopie, notamment des zones chaudes et tempérées, afin d’identifier les moteurs environnementaux et génétiques de leur adaptation.

“Les résultats de cette étude sont importants à la fois pour les petits exploitants et les décideurs, en particulier dans le contexte des rapides changements environnementaux”

Almas Gheyas, Centre for Tropical Livestock Genetics and Health

Selon l’étude publiée dans Molecular Biology and Evolution, les chercheurs ont identifié des gènes associés à l’adaptation à six facteurs environnementaux clés ; parmi lesquels la température, les précipitations qui ont un impact sur la disponibilité de l’eau et la couverture du sol qui affecte la disponibilité de la nourriture pour les poulets en quête d’aliments.

« Les résultats de cette étude sont importants à la fois pour les petits exploitants et les décideurs, en particulier dans le contexte des rapides changements environnementaux dans de nombreuses régions du monde, y compris en Afrique », déclare Almas Gheyas, auteure principale de l’étude et chercheur en génétique animale et génomique au Centre for Tropical Livestock Genetics and Health et au Roslin Institute à l’université d’Edimbourg au Royaume-Uni.

« Comprendre la réponse génétique [des poulets ruraux] au changement climatique pourrait […] avoir un impact significatif sur des dizaines de millions de petits agriculteurs et leurs familles à travers l’Afrique », souligne-t-elle à SciDev.Net.Almas Gheyas explique que la capacité des poulets ruraux à développer des traits pour une meilleure adaptation aux défis climatiques dans leur environnement pourrait améliorer leur taux de survie et leur aptitude à trouver de la nourriture, à se reproduire et à produire de la viande et des œufs.

Soulignant l’importance de l’aviculture en Afrique, la chercheure ajoute : « Quelque 5,7 millions de tonnes de viande de poulet ont été produites en Afrique en 2018, soit une augmentation de 4,2 % par rapport aux niveaux de 2017. »

Les résultats de cette étude pourraient aider les futurs programmes d’élevage à améliorer la productivité et la résilience climatique des poulets ruraux, a-t-elle confié.

Pour cette étude, les poulets ont été choisis « parce qu’ils présentent une large tolérance environnementale, étant donné qu’ils sont trouvés dans pratiquement toutes les zones d’établissement humain du monde – à la fois dans les régions tropicales et tempérées », explique Almas Gheyas.

La chercheure ajoute que l’étude pourrait être reproduite dans d’autres pays africains pour guider les programmes d’élevage qui veulent promouvoir une meilleure productivité et une meilleure résilience au changement climatique.

Samuel Mbuku, éleveur à la Kenya Agricultural and Livestock Research Organization, déclare que ces résultats sont importants pour les aviculteurs d’Afrique subsaharienne, car ils pourraient conduire à l’élaboration de programmes d’élevage appropriés et durables pour les poulets ruraux dans leur environnement.Ce dernier ajoute que le changement climatique a le potentiel d’affecter progressivement la distribution et les caractéristiques des systèmes de production agricole, et d’augmenter la fréquence des catastrophes liées aux conditions météorologiques telles que les sécheresses et les épidémies.

« Les aviculteurs ruraux seront les plus vulnérables aux conséquences négatives du changement climatique », dit Samuel Mbuku.

« Par exemple, explique-t-il, la population d’une race dont le nombre et l’aire de répartition ont diminué à la suite de changements progressifs des systèmes de production dans une certaine zone géographique est plus susceptible d’être anéantie par une catastrophe aiguë telle qu’une pandémie. »

Samuel Mbuku souligne que les programmes d’élevage de volailles devraient viser à répondre aux conditions socio-économiques et de production sous-jacentes des systèmes villageois, à aider les agriculteurs d’Afrique subsaharienne à rivaliser dans l’économie de marché et à lutter contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire.

La version originale de cet article a été produite par l’édition anglophone de SciDev.Net pour l’Afrique subsaharienne.

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