LES LIMITES DU CONCEPT «ÉTAT-NATION» – (PAR CHEIKH D. KANE)

La pandémie du coronavirus qui théorise notre monde actuel, révèle au-delà des conséquences sanitaires, une crise profonde qui secoue nos sociétés et nos États-Nations. Le concept de l’émergence des Etats-Nations est récent dans l’histoire du monde et des peuples. Il a fait son apparition à l’époque des révolutions française (1789) et celle industrielle d’Angleterre (1832).

Bien avant son émanation, le monde était gouverné depuis la nuit des temps par des monarchies pharaoniques, aristocratiques ou seigneuriales. C’est à partir des deux siècles derniers, que l’on assiste à l’avènement des États-nations.
Les deux guerres mondiales du siècle dernier, sont à ranger dans les actifs du modèle État-Nation.

Le virus avec sa nature de caméléon, s’entête et nargue.
Il résiste, déjoue et bouleverse presque tous les schémas et stratégies de lutte élaborés jusqu’ici. Ceci renforce de plus en plus le sentiment de peur, d’anxiété, mais aussi le doute et la méfiance.
Les États, les politiques, et les élites dirigeantes s’enlisent dans des approximations et des modèles qui hélas échouent les uns après les autres. Les solutions proposées par des spécialistes de la santé tardent à convaincre, ou à donner les résultats escomptés.

Les populations, de plus en plus angoissées par les mesures et les stratégies de lutte, finissent par sombrer dans l’inquiétude et la peur. La crise expose les limites des pouvoirs et des dirigeants actuels. Elle révéle les conditions fragiles des êtres humains que nous sommes.
Les informations concernant la découverte de vaccins ne sucistent pas hélas un engouement ou l’espoir de voir la lumière apparaître au bout du tunnel.

Au contraire, elles provoquent moult interrogations dans différents segments de la société. Les états, pris par la vitesse et la complexité d’une situation inattendue,
restent partagés entre incertitude, panique et incohérence. Notre monde globalisé entre temps tente de proposer, à travers un modèle d’uniformisation et de mimétisme, une stratégie commune de lutte contre la pandémie.

Ainsi la méthode du confinement qui a servi durant l’époque médiévale pour combattre les épidémies tels que la peste, la variole, la lèpre etc… devient la règle phare pour endiguer le virus.

La science jadis guidée par l’objectivité se contente de communiqués et d’articles de presse au contenu tantôt subjectif, tantôt peu convaincant. Certes, l’histoire ne se répète pas car, comme disent ses affidés, les mêmes causes ne produisent pas forcément les mêmes effets.
Seulement il y’a lieu d’en douter, compte tenu de la course aux vaccins, qui scinde finalement le monde en deux camps, comme du temps de la guerre froide. D’un côté, il y’a l’existence d’un vaccin russe, chinois, et cubain, de l’autre celui occidental USA, Union européenne, Royaume-Uni.

Tout au milieu, perdues dans une zone tampon, se retrouvent les populations que nous sommes, c’est-à-dire, les sans voix pour certains, et les cobayes des tests pour d’autres. Un vent de musellement et de confiscation des libertés individuelles et collectives accompagne de plus en plus les discours et les stratégies des décideurs politiques.

Les États imposent, entre autres mesures et consignes pour l’endiguement de la pandémie, le port du masque, le respect des gestes barrières, et l’application des distanciations non pas physiques, mais plutôt sociales.

Ce pendant, les hésitations continues dans les stratégies politiques, combinées à l’incertitude grandissante notée dans les méthodes, amènent à s’interroger sur la pertinence des mesures.

L’économie dans un monde globalisé, montre un étouffement jamais égalé. Partout, s’annoncent les signaux d’une récession qui laisse de plus en plus prédire un processus de dépression.

Face à une telle situation, où une crise existentielle mélangée à une crise des sens guette la grande masse, il y a lieu de s’interroger sur les fondements réels de nos modèles démocratiques.

N’ont t-ils pas entre autres missions de nous apporter du bonheur, de favoriser un épanouissement sociétal, de nous assurer un bien-être, de nous garantir un travail et une protection de nos libertés ?

Dès lors, je me permets de postuler l’hypothèse suivante: « les systèmes actuels dits systèmes démocratiques, ne correspondant pas aux principes de la démocratie, sont fondamentalement inadaptés à la protection des intérêts des individus et des populations ».

Partout, dans le monde, on note des violations flagrantes des textes et lois qui fondent la démocratie, par ceux-là mêmes qui sont d’abord censés les respecter. Les exemples des présidents Alpha condé de la Guinée Conakry et de son homologue de la Côte-d’Ivoire Alassane Ouattara, suffisent largement pour vérifier cet argumentaire.
Tous deux ont violé, modifié, et tripatouillé la constitution de leurs pays aux fins de se maintenir au pouvoir. Leur collègue du Sénégal, le président Macky Sall n’est pas non plus exempt de critiques et de reproches. La presse rapporte le vote à l’assemblée nationale d’une nouvelle proposition de loi dont le but est de remplacer le régime d’état d’urgence par celui d’état de siège.
Cette modification de la loi sans une consultation préalable du peuple souverain, est, pour beaucoup de spécialistes, juste destinée à confèrer plus de pouvoirs au président de la République.

Les événements survenus récemment aux USA, au Capitole ou siègent les représentants du sénat et du congrès américain ne sont pas non plus à considérer comme des actes isolés. Ils traduisent la nature profonde de la crise qui mine les systèmes démocratiques actuels.

Certes, les modèles démocratiques prétendent prôner le suffrage universel, la règle de la majorité et la liberté d’expression, mais il y a lieu de se poser des questions sur la réalité des faits. Comment se fait-il, dans des pays comme le nôtre, qu’une analyse de la réalité des chiffres, lors de l’élection présidentielle passée, puisse aboutir au contraire des principes fondamentaux défendus par les modèles démocratiques.

Faisons l’analyse des résultats de la dernière élection présidentielle sénégalaise de février 2019 pour démontrer les limites d’un tel système.

En effet sur une population d’environ 16.650.00 habitants, 6.683.043 personnes se sont inscrites sur les listes électorales, parmi lesquelles 4. 426.344 électeurs ont été convoqués à élire celui ou celle qui devait présider pour un mandat de 5 ans le pays.

À l’issue de la consultation, la cour suprême déclara Macky Sall, candidat à sa propre succession, vainqueur avec un pourcentage de 58,27 %.

L’expression du suffrage universel se heurte, plus est ici, à l’application de la loi sur le parrainage qui montre bien les limites du modèle. Car la démocratie marche sur le principe simple du respect des règles et sur l’inclusion des différents acteurs quelque soient leurs appartenances et non sur une quelconque exclusion de tel ou tel pourvu qu’ils n’enfreignent pas les lois.

En ce qui concerne l’analyse du dernier point relatif à la liberté d’expression, je laisse aux citoyens, aux différents acteurs politiques le soin d’apprécier. En sus, je conclus sur un dernier point qui met bien en exergue la profondeur de la crise qui habite les États-nations. La crise de légitimité qui remet en question les fondamentaux et la nature réelle des États.

Face à une absence de solutions par rapport aux problématiques, les États ont tendance à s’accrocher en plus à une soi-disante légalité pour gouverner.

Cheikh Djibril KANE

    Nouveau commentaire:

    Your email address will not be published.*

    Forgot Password