«LES MAMANS DE L’INDEPENDANCE» : SUR LES TRACES DES FEMMES BATANTE DE L’INDEPENDANCE DU SENGAL

Le film documentaire sur  »Les mamans de l’indépendance » réalisé par Diabou Bessane a été projeté le 31 mars 2021 au CESTI devant les étudiants de l’école de journalisme. Cette projection a été suivie d’un débat sur le rôle des femmes dans le processus de l’indépendance du Sénégal. Fruit de cinq années de recherches et de tournages, le documentaire, sorti en 2012, a été entièrement financé avec les fonds propres de l’auteure.

La question de l’implication ou non des femmes dans la vie sociopolitique des Etats en Afrique refait une fois encore surface. Mercredi 31 mars 2021, les étudiants du Cesti, venus nombreux, ont pris part à la projection du film  »Les mamans de l’indépendance’’, visant à les informer sur l’apport des femmes dans la conquête de l’indépendance au pays de la Téranga. Ce film documentaire historique d’une durée de 50 minutes met en avant les protagonistes de la lutte pour les indépendances au Sénégal.  Parmi celles-ci, nous pouvons citer entre autres :  Adja Rose Basse, Aram  TChoumbé, Soukeyna Konaré et Aline Situé Diatta.

17 femmes sénégalaises ont fait partie des leaders pour la lutte pour l’indépendance de la nation

Le film a débuté par une bande défilante de clichés, mettant en scène des femmes qui se sont battues pour l’indépendance du Sénégal. Une juxtaposition d’images faite sur une portion d’un recueil de Léopold Sédar Senghor intitulé  »Champ d’ombre’’ : « Femme nue, femme noire. Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté. J’ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux. Et voilà qu’au coeur de l’Été et de Midi. Je te découvre, Terre promise, du haut d’un haut col calciné. Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l’éclair d’un aigle. »

Selon le film, elles étaient au total 17 femmes sénégalaises à mener la bataille pour l’indépendance. Elles se sont impliquées corps et âmes, dans un esprit d’engagement sans précédent, un élan de patriotisme extraordinaire et une bravoure remarquable. Cet engagement a coûté à toutes ces femmes ou presque, des brimades voire la prison. Jeanne Martin Cissé fût à l’époque présidente de l’Union des Femmes du Sénégal (UFS). Interrogée dans le documentaire, elle confesse tout en ayant dans sa main une vieille photo de souvenir de l’ensemble des femmes avec qui elle avait mené la lutte pour l’indépendance. 

 »Cette photo me fait repasser une partie de ma vie. Ça me fait revivre les moments que nous avons fait ensemble », se souvient-elle, précisant le rôle empreint de symbole de la femme dans cette lutte engagée non seulement pour leur propre émancipation, mais pour celle de toute l’Afrique. Triste, elle ajoute à ses propos :  »j’ai les larmes aux yeux en pensant à elles ».

Les yeux rivés avec beaucoup d’émotion sur une photo de ses camarades, l’ancienne présidente de l’UFS, regrettant la disparition de certaines d’entre ellese, lâche :  »nous sommes peu de survivantes maintenant. Je prie Dieu que leurs âmes si glorieuses reposent en paix ».

Naissance de l’UFS et son impact

Créée en 1954, l’Union des Femmes du Sénégal (UFS) est reconnue officiellement en 1956. Rassemblées au sein de l’UFS, les femmes sénégalaises, et même d’autres venues d’horizons, divers ont été une force de pressions pour les partis politiques, à en croire Rokhaya Fall, historienne chercheuse, interrogée dans le documentaire. L’UFS est un regroupement de femmes, une association apolitique. En ce qui concerne les conditions de la mise en place de l’UFS, l’une de ses grandes figures, Maguette Bineta Diop, membre de l’UFS raconte : « Je peux te parler de la naissance de l’union des femmes du Sénégal. Cette association est née presque à travers moi. Un de mes amis du nom de Chams Benoît, de retour d’un de ses voyages, m’a donné l’idée de créer une association de femmes. Je lui répondais qu’il était très difficile de regrouper des femmes. Mais il insista et me dit que je pouvais compter sur son aide. C’est ainsi que l’UFS a débuté « , rappelle-t-elle.

À l’époque, poursuit-elle,  »Jeanne Martin était une amie très proche et je lui en ai parlé. L’idée lui a plu et c’est comme ça que l’association des femmes est née. Nous sommes ensuite allées voir Khady Sylla, l’épouse de Sellé Guèye, qui était notre aînée. Nous avons demandé la permission à Sellé, et Khady Sylla fût la première présidente. Peu après, Sellé nous appela et nous fit comprendre que Khady ne pouvait plus être la présidente. Alors Jeanne Martin est devenue la présidente de l’UFS  ».

Selon l’historienne, les femmes, durant les années 50, ont utilisé les moyens à leur portée pour se faire entendre.  »Durant la période charnière, c’est-à-dire les années 50, les femmes n’étaient pas absentes. Elles ont utilisé les canaux qui étaient là pour servir de moyens de pressions ». Faut-il le marteler, l’UFS a été la première association féminine au Sénégal à célébrer la journée de la femme.

Les participants saluent l’œuvre

Les étudiants du CESTI ayant participé à la projection du documentaire ont apprécié l’histoire portée par ce film historique. Selon eux, il remet en question les anciennes notions reçues depuis plus jeunes sur la place des femmes dans le processus d’indépendance du Sénégal. 

Mareitou, étudiante de la 50ième promotion, s’est réjouie d’avoir pris part à cette projection de film, en présence de son auteure. Appréciant l’initiative Mané Moussa de la même promotion, quand à lui, se demande pourquoi ce documentaire ne fait pas l’objet d’une large diffusion au grand public, dans les médias et voire les écoles.

La réalisatrice, répondant à ces interpellations, a fait savoir que la diffusion dans des écoles a été effectuée, au tout début de la sortie du documentaire. S’agissant des medias, Diabou Bessane estime que les médias internationaux sont souvent plus disposés à payer les droits d’auteur et entrer en possession du film. Les médias nationaux manifestant rarement leur intérêt.

Giraud Togbé

Forgot Password