RÉSILIENCE

Résilience. Dans le vocabulaire mortifère de la Covid-19, c’est un mot qui symbolise l’espoir… d’un à-venir. Qu’il soit meilleur ou pas. Mais il suppose une continuité de la vie. Contrainte de «vivre avec le virus», l’humanité a fait preuve d’une grande résilience. Oui, la pandémie a officiellement causé la mort de plus de 4 millions de personnes dans le monde (1.187 au Sénégal à la date du 9 juillet 2021), mais l’humanité n’a pas agité le drapeau blanc face au virus. D’ailleurs, comment pourrait-il en être autrement ? L’une des caractéristiques de la condition humaine, c’est de ne jamais renoncer à la vie volontairement. Même le moribond sur son lit d’hôpital mobilise tout son système immunitaire pour combattre le mal qui veut l’anéantir. C’est seulement au terme d’une lutte acharnée, n’ayant plus de ressources, vaincu, que le corps finit par lâcher prise. La mort est contre nature, j’allais dire, même si c’est le destin de toute créature.
Pour en revenir à la Covid, même les organisations (États, entreprises) ont fait preuve de résilience. Il suffit de lire l’intitulé des plans de riposte comme le Programme de résilience économique et sociale (Pres) adopté par le gouvernement du Sénégal pour s’en rendre compte. Bref, le mot est à la mode. Mais qu’est-ce qui se cache derrière ? Emprunté aux sciences physiques (caractéristique mécanique qui définit la résistance aux chocs d’un matériau), il a ensuite été appliqué à la psychologie (aptitude d’un individu à se construire et à vivre de manière satisfaisante en dépit des circonstances traumatiques) avant d’être popularisé par les écologistes. Aujourd’hui, la résilience fait généralement allusion à la capacité de l’homme à faire face aux changements climatiques. A priori, le discours écologiste sur la résilience est légitime. Mais quand on regarde la question de près, du point de vue morale et philosophique, on se rend compte que cette injonction s’adresse surtout à ceux qui ne sont pas responsables d’une situation d’en assumer les conséquences. On demande, par exemple, aux pauvres d’être… résilients par rapport à des désastres climatiques et écologistes dont ils ne sont pas responsables. Pendant ce temps, les vrais responsables du réchauffement climatique (les plus riches) continuent d’avoir une empreinte écologique très élevée. Théoriquement, la même injonction morale s’adresse aussi bien au paysan du Sahel confronté à la sécheresse qu’au banquier de Wall Street. Mais la façon dont l’un et l’autre est confronté à la réalité du changement climatique est très différente. De la même manière, on demande à l’Afrique de prendre des mesures (au même titre que l’Europe) pour lutter contre le changement climatique, alors que tout le monde sait qu’elle n’est pas responsable de cette situation, d’ailleurs elle en est la principale victime… C’est pourquoi il est fondamental de conjuguer les enjeux sociaux et écologiques. Car, comme le dit Dominique Bourg dans son «Dictionnaire de la pensée écologique», il n’y a qu’une écologie : celle des pauvres. Un partage équitable des ressources, donc un nivellement du niveau de vie entre riches et pauvres est la voie indiquée.
C’était la même chose, sur le plan économique, lors des politiques d’ajustement structurel. On prescrit un remède pire que le mal, ensuite on demande à la population d’être patiente, d’être résiliente… Heureusement que l’Afrique n’a pas attendu cette injonction morale des temps modernes pour être résiliente. Je dirais même que cela fait partie de son Adn au regard de son histoire jalonnée de traumatismes dont elle porte encore les séquelles (traite négrière, colonisation…).

PAR SEYDOU KA

Forgot Password