TCHAD : MAHAMAT IDRISS DEBY N’EST PAS LE FILS BIOLOGIQUE DU MARÉCHAL DEBY, SELON L’ÉPOUSE D’HISSÈNE HABRÉ

Le nouvel homme fort du Tchad, le général Mahamat Idriss Deby (37 ans), installé au pouvoir suite au décès du président Idriss Deby, ne serait pas le fils de l’ancien maréchal, mais d’un ancien officier de l’armée tchadienne, selon Fatime Raymonde Habré, épouse de l’ex-président Hissène Habré. Volonté de vengeance  ou réalité, l’ancienne première dame du Tchad s’exprimait dans un entretien en réaction à la mort d’Idriss Deby, l’homme qui a chassé son époux du pouvoir en 1990 et qui a, par ailleurs,  en grande partie œuvrer pour qu’il soit jugé  à Dakar en 2016 au nom de l’Union africaine, sous la pression de l’ONG américaine Human Right Watch et de quelques pays occidentaux dont la France. Pour elle, Mahamat Idriss Deby est un choix clair de la France pour ses intérêts stratégiques et géopolitiques dans la région d’une part, mais aussi un choix personnel de Macron pour ses intérêts politique dans le cadre de la présidentielle de l’année prochaine dont la lutte contre le terrorisme sera un sujet de campagne.

Assailli par la rébellion du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad, (FACT) venue de Libye et active quelques  300 km de Ndjamena, la capitale, Idriss Deby s’était en personne rendu sur le terrain des combats avec l’armée tchadienne pour affronter les rebelles la semaine dernière.  Mais lors des hostilités, les assaillants prennent le dessus et réussissent à tuer le maréchal, après avoir massacré plusieurs généraux et sa garde rapprochée. Suite à son décès après plus de 30 ans de pouvoir, un Comité militaire transition  (CMT) a  pris le pouvoir  et dirigé par Mahamat Idriss Deby (37 ans) présenté comme le fils du défunt président.

Réagissant à ces événements dans un entretien accordé à Dakar Matin, l’épouse d’Hissène Habré s’interroge sur la légitimé du jeune général. De l’avis de l’ex-Première dame, Mahamat Idriss Deby n’a ni légitimité institutionnelle, ni familiale ni même clanique pour assurer la transition. «Ce jeune garçon quelle est sa légitimité ? Si c’est le clan qui est au pouvoir, il y a les enfants », a estimé  Mme Habré avant de préciser. «C’est un fils adoptif, le fils non reconnu d’un ancien officier tchadien que tout le monde connaît qu’il a rencontré dans une caserne », révèle celle dont l’époux  a  été  renversé par Deby en 1990 et réfugié à Dakar où jugé et incarcéré à Dakar  en 2016 avec la participation active d’Idriss Deby.

Selon elle la France a mis sous tutelle le Tchad. Et Mahamat Idriss Deby n’est que le choix de la France imposé au Tchad pour sauvegarder ses intérêts stratégiques et géopolitique en Afrique, mais aussi politique à l’intérieur. Si Mahamat avait été mis au-devant de la seine par Deby c’est parce que ses propres enfants ne seraient pas emballés par les affaires militaires.

« Étant donné que c’est un règne presque miliaire et qu’il faut rester avec  la répression pour retenir les gens, il (Idriss Deby) cherchait en vain parmi ses enfants quelqu’un pour jouer ce rôle-là. Il ne l’a pas eu. Parce que ses enfants n’étaient pas intéressés par la chose militaire. Donc  il a essayé de coupler les choses. Je mets un, celui que je reconnais qui va tenir l’armée et avoir les moyens de la répression », croit savoir Fatime Raymonde Habré

D’après elle, pour perdurer le pouvoir dynastique, Idriss Deby hésitait à placer  l’un de ses deux enfants  qui sont respectivement son directeur de cabinet et ambassadeur du Tchad à Abou Dhabi pour le succéder. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a créé le poste de vice-président qu’il n’a pas eu le temps de nommer à ce poste avant qu’il ne soit assassiné.

Dans cette prise de parole, l’épouse d’Hissène Habré solde très clairement ses comptes avec Idriss Deby. L’ex-Première dame du Tchad se désole qu’après la mort d’Idriss Deby on le présente comme ange, un rempart contre le terrorisme, un panafricaniste. «En aucun cas, Idriss Deby n’est ni un pacificateur ni un panafricaniste. C’est un pion. Un pion important dans  la politique d’occupation de l’espace sahelo-sahelien. La France n’est pas engagée dans la lutte contre le terrorisme par philanthropie. Si c’était le cas, elle soutiendrait le Cameroun qu’il l’a sollicitée dans le même combat et à qui elle a demandé de payer la note pour les images satellitaires et qu’elle  refusé en demandant une contrepartie financière selon madame Habré.

Selon elle,  l’enjeu de la présence française au Tchad ce n’est pas les bandits et les terroristes. Ce sont les ressources  minières de la région dont Idriss Deby en est le garant. Très concrètement, il s’agit selon elle des champs gaziers qui partent de l’Algérie  au réserve d d’uranium du Niger, à l’autre extrémité et dont s’intéresse de plus en plus d’autres puissances comme la Chine, la Turquie ou la Russie. «Cet espace est sujet aujourd’hui à des convoitises. Ça c’est indéniable. Aujourd’hui la Chine est  toute puissante, elle arrive, la Turquie est en Libye, les Russes sont en Libye. L’Iran s’intéresse de plus en plus aux mines d’uranium du Niger. Trois fois le président iranien  a été au Niger pour dire qu’il veulent l’exploitation uranium », analyse Fatime Raymonde Habré.

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